Deux fois plus d'engagement & d'émotion

Rendez-vous en 2023

Meteo consult Virtual regatta

Retour sur le passage mouvementé des Canaries

La tête de la flotte file à allure constante vers les Antilles. Les conditions plus clémentes permettent aux marins de souffler, de faire sécher les affaires, mais aussi de revenir sur le passage des Canaries. Car à proximité des îles espagnoles, les rafales ont mis à rude épreuve les hommes comme leurs machines. Et ils sont nombreux à le raconter. 

La confidence a été envoyée par message audio ce jeudi matin. Elle est signée du duo Tom Laperche et Lois Berrehar (Bretagne -CMB Performance) : « nous étions allés chercher une accélération de vent intéressante à la Palma. On a repris la tête de la flotte mais on l’a vécu dans la souffrance ». Au point d’ajouter : « c’était chaud, plus que chaud. On racontera ça à l’arrivée parce que nos mamans nous écoutent sûrement. » Si on peut soupçonner un poil d’intox, ces propos rappellent surtout la difficulté à tenir bon sur un bateau de 9,75 mètres quand les vagues déferlent à n’en plus finir sur le pont. 

Faire face aux petits pépins techniques 

« Il y a eu une cartouche comme prévu à la Palma, poursuit Gildas Mahé (Breizh Cola). On a même eu des claques à plus de 45 nœuds ! » Tanguy Le Turquais et Corentin Douguet (Queguiner - Innovéo) évoquent quant à eux des pointes à 50 nœuds ! À bord de Bretagne - CMB Océane, Elodie Bonafous, associée à Corentin Horeau, raconte comment leur spi est tombé à l’eau. Il a fallu le récupérer, se rapprocher des côtes de l’île avant de pouvoir monter au mât et repartir. À bord de (L’Égoiste) - Cantina St Barth (Eric Péron et Miguel Danet), un spi a également été déchiré et le pilote automatique fait des siennes depuis plusieurs jours. 

Même galère chez Groupe Gilbert où Fabien Delahaye et Anthony Marchand ont dû monter au mât à plusieurs reprises. Pour Jérôme Samuel et Nicolas Salet (ERISMA – GROUPE SODES - Fondation TARA OCEAN), l’inquiétude est venue d’un problème de bout-dehors. « Ils n’avaient pas les bonnes clés pour régler le problème et ont envisagé de faire un stop à la Palma, explique Francis Le Goff, le directeur de course. Après une prise de renseignement, ils se sont finalement aperçus que ce n’était pas structurel et qu’ils pouvaient bricoler grâce aux conditions plus clémentes. » 

Les organismes aussi ont souffert 

Il n’y a pas que les Figaro Bénéteau 3 qui ont été soumis à rude épreuve. Il y a les organismes aussi. « On n’a pas trop le temps de souffler, confirment Pep Costa et Will Harris (CYBELE VACANCES – TEAM PLAY TO B). On donne tout à chaque quart et on essaie de se reposer le plus possible dès que c’est le moment ». « On a les traits un peu tirés, on n’a pas pris de douche depuis le départ », constate également Martin Le Pape, associé à Yann Eliès (Gardons la vue). 

Pour Nicolas Bertho et Romuald Poirat (KRISS - LAURE), toujours en approche des Canaries, la fatigue se fait également sentir : « Avec une mer hachée et des safrans qui décrochent, c’est pénible. Nous gérons la fatigue du mieux qu’on peut mais elle est là ». 

Une guerre de positions 

Dans l’alizé, les conditions sont désormais plus clémentes. Mais sur cette autoroute à destination des Antilles, pas question de relâcher la pression. Les quarts s’enchaînent et les écarts sont toujours aussi faibles : seulement 20 milles entre les 11 premiers et 60 milles en latéral. C’est une guerre de positions qui ne dit pas son nom. Décryptage de Francis Le Goff, directeur de course : « ceux qui sont le plus au Nord vont tenter d’empanner à nouveau dès qu’ils le pourront pour réduire l’écart en latéral avec ceux qui sont plus au Sud ». 

On a ainsi vu Région Normandie, Breizh Cola, Gardons la vie, Bretagne - CMB Océane, Skipper Macif, Queginer-Innovéo et TeamWork empanner dans la journée. « En resserrant l’écart en latéral, ils limitent les risques, poursuit Francis Le Goff. L’objectif est simple : ne jamais perdre la tête de la flotte pour ne pas laisser quelqu’un s’échapper ». Alors que les conditions du moment ne vont pas évoluer dans les prochaines heures – autour de 13 à 15 nœuds – ce jeu d’échec devrait se poursuivre jusqu’à samedi prochain.